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Du projet étudiant à l’innovation sociale : le Collectif Idoine, né à l’École de santé publique

 

À l’origine du Collectif Idoine se trouve une réflexion profondément ancrée dans la vie universitaire, et plus précisément dans les programmes de bioéthique de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Porté par des diplômé·es – poursuivant à la maîtrise ou au doctorat en bioéthique, ce projet illustre la capacité de la communauté animant les cycles supérieurs à faire émerger des initiatives structurantes, à la croisée de la recherche, de l’action et de l’innovation sociale.

Né d’un constat partagé sur la sous-valorisation des compétences des personnes diplômées poursuivant leur parcours universitaire, le Collectif Idoine s’est développé en quelques années comme un modèle inédit de collaboration entre milieux universitaires, professionnels et communautaires. Comme le résument les membres du collectif, « trop souvent, les savoirs produits à l’université restent confinés aux cercles de recherche, alors que la société civile demande des outils de vulgarisation, de formation et de réflexion critique. »

 

De gauche à droite : Charles Dupras, professeur et responsable des programmes en bioéthique, Virginie Manus, candidate au doctorat en bioéthique, Josianne Barrette-Moran, candidate au doctorat en bioéthique et Bryn Williams-Jones, professeur et directeur du Département de médecine sociale et préventive.

 

Une initiative étudiante ancrée dans la bioéthique à l’ESPUM

 

L’idée du Collectif Idoine a pris forme progressivement, au fil de discussions menées au sein des programmes de bioéthique de l’École de santé publique. Ces échanges, notamment entre le professeur Bryn Williams-Jones, aujourd’hui ambassadeur inaugural du Collectif, et Antoine Boudreau LeBlanc, alors candidat au doctorat en bioéthique, interrogeaient le rôle social de l’université et la place des universitaires dans la société.

« C’est d’abord dans ces conversations qu’a émergé l’idée de mieux valoriser les savoirs des personnes diplômées, à l’intérieur comme à l’extérieur des murs de l’université, afin de répondre concrètement aux besoins de la société civile. »

L’initiative rallie rapidement d’autres doctorant·es en bioéthique : Valentin Kravtchenko, Virginie Manus, Josianne Barrette-Moran et Georges-Philippe Gadoury-Sansfaçon, ainsi que Sonya Anvar, à la maîtrise en bioéthique. Chacun·e contribue alors à la réflexion en mobilisant des expertises complémentaires en entrepreneuriat, en coopération, en éthique de la philanthropie, en innovation sociale et en transfert de connaissances.

Pendant un an, les six cofondateur·rices se réunissent chaque semaine. La richesse d’un accompagnement en entrepreneuriat scientifique dans le cadre de Millénium Québecor les amène à affiner leurs objectifs et à officialiser la création d’un organisme à but non lucratif. Le Collectif adopte finalement le nom Idoine, un terme qui signifie « qui convient exactement à la situation », expliquent les cofondateur·rices, et qui reflète « la volonté d’offrir des solutions sur mesure, adaptées à la diversité des besoins de la société civile ».

 

Rendre visibles les compétences de la communauté étudiante

 

Au cœur du projet Idoine se trouve la volonté de reconnaître la pluralité des parcours présents à l’université.

« Concrètement, on retrouve sur les bancs d’école des juristes, des professionnelles de la santé, des organisatrices communautaires, des artistes, des personnes en réorientation professionnelle. Pourtant, leur statut est souvent réduit à celui de personnes apprenantes », expliquent les membres du Collectif.

Si la posture apprenante demeure essentielle, « lorsqu’on l’isole, elle peut impliquer une occultation des diplômes déjà obtenus, des expériences professionnelles antérieures et des savoirs expérientiels acquis ».

En parallèle, la société civile se tourne fréquemment vers des firmes privées ou vers des personnes professeures très sollicitées, laissant de nombreux besoins sans réponse et c’est dans cet espace que s’inscrit Idoine, notamment à travers la création d’un comité ambassadeur réunissant « des personnes dont l’expertise est reconnue par les pairs, qui souhaitent accompagner, à titre de mentors, des membres dont les compétences sont pertinentes, mais temporairement moins visibles ».

 

Un modèle hybride entre rigueur académique et action sociale

 

Entre 2023 et 2025, le Collectif Idoine évolue d’un projet bénéficiant de l’accompagnement de Millénium Québecor à l’Université de Montréal à une plateforme autonome de services intersectoriels, réalisant des mandats en partenariat avec des organismes communautaires, des institutions publiques et des milieux universitaires. « Idoine est un espace où la recherche, l’action et la réflexion éthique se déploient simultanément dans des situations réelles et non simulées. »

Certains mandats nécessitent des réponses rapides comme des avis scientifiques, des notes de vulgarisation, des interventions dans l’espace public, tandis que d’autres s’inscrivent dans des démarches plus longues de recherche appliquée ou d’analyse d’expertise. Dans tous les cas, l’objectif demeure le même : « mobiliser la rigueur académique de manière proportionnée. Tous les contextes ne requièrent pas des démarches lourdes ou exhaustives, mais il est possible d’en conserver les principes — traçabilité des sources, esprit critique, transparence méthodologique — tout en tenant compte des contraintes du terrain ».

 

Un écosystème apprenant au service de projets concrets

 

Idoine se conçoit comme un écosystème hybride structuré autour de deux pôles complémentaires : le Collectif Idoine, espace opérationnel dédié à la réalisation des mandats, et le Lab Idoine, pensé comme un dispositif réflexif et apprenant.

« Nos premiers partenaires ont joué un rôle déterminant dans la structuration d’Idoine », expliquent les membres. « En travaillant sur des mandats concrets, ils ont mis en évidence des axes d’amélioration que le Collectif Idoine, seul, n’aurait pas nécessairement perçus. Cette transition vers des collaborations formalisées a rapidement révélé des écarts possibles entre nos valeurs affichées et leur mise en pratique. »

Face à ces constats, Idoine met en place un mécanisme de vigilance interne, porté par le Lab Idoine, afin de suivre les processus de travail et de prévenir la réapparition de dynamiques d’exclusion, de surcharge ou de hiérarchisation implicite.

« Chaque collaboration constitue en quelque sorte une hypothèse à tester », poursuivent les cofondateur·rices, pour qui « les frictions et les zones d’incertitude sont des sources essentielles d’apprentissage ». Le Lab Idoine devient ainsi un espace d’observation des pratiques du Collectif, d’analyse des choix organisationnels et de production de connaissances sur les conditions concrètes de la recherche partenariale et de la gouvernance interdisciplinaire.

 

Des projets portés par et pour la collectivité

 

Parmi les mandats réalisés, le Collectif Idoine a notamment contribué à la production du rapport « Intégration responsable de l’intelligence artificielle dans les établissements d’enseignement supérieur : repères et bonnes pratiques », en partenariat avec IVADO et le ministère de l’Enseignement supérieur du Québec.

Le Collectif est également sollicité sur des questions complexes, telles que : « Devrait-on accepter le don majeur d’une organisation qui ne partage pas nos valeurs ? » ou encore « La notion de bien-vieillir véhiculée dans le milieu communautaire est-elle élitiste ? ».
Autant de projets qui illustrent la capacité de la communauté des personnes diplômées poursuivant leurs études aux cycles supérieurs à mobiliser des savoirs interdisciplinaires pour répondre à des enjeux sociétaux concrets.

 

Une fierté étudiante et collective

 

Ce dont les membres d’Idoine se disent le plus fiers, c’est d’avoir créé « un modèle qui est à la fois un moyen et une finalité » : un levier de transformation sociale, mais aussi « un espace éthique en soi, où les relations de travail sont repensées et où la collaboration est porteuse de sens ».

Ils soulignent également l’impact direct sur les parcours aux cycles supérieurs : « nous avons vu des personnes, à la fois diplômées et apprenantes, s’impliquer dans des projets bien rémunérés et pertinents, leur permettant d’amorcer leur carrière en restant alignées avec leurs valeurs ».

Le parcours du Collectif Idoine témoigne de la force d’initiative de la communauté des personnes diplômées poursuivant leurs études aux cycles supérieurs de l’École de santé publique et de sa capacité à faire émerger des projets qui dépassent les murs de l’université. Comme le résument ses membres, « ce que nous avons bâti nous donne espoir et fait la preuve qu’on peut conjuguer rigueur, flexibilité, innovation et pertinence sociale, tout ça à échelle humaine ».