Passer au contenu

/ École de santé publique

Je donne

Rechercher

Navigation secondaire

Retour sur la conférence magistrale d'Evelyne de Leeuw : la transdisciplinarité au service de la santé urbaine

Le 19 mars 2026, l'École de santé publique de l'Université de Montréal accueillait Evelyne de Leeuw pour une conférence magistrale aussi stimulante qu'inspirante. Professeure au Département de médecine sociale et préventive de l'ESPUM, chercheuse associée à l'Université de la Nouvelle-Galles du Sud à Sydney, chercheuse régulière au Centre de recherche en santé publique (CReSP) et titulaire de la Chaire d'excellence en recherche du Canada Une Seule Santé Urbaine à l'Université de Montréal, Evelyne de Leeuw incarne la richesse d'un parcours scientifique résolument transdisciplinaire.

 

 

Une politologue spécialisée dans la santé urbaine

C'est ainsi qu'Evelyne de Leeuw aime se présenter, une façon de provoquer, d'interpeller et d'ouvrir la réflexion. Après une carrière qui l'a conduite à travers de nombreuses disciplines, institutions et pays, elle a retracé devant l'auditoire le fil de son parcours intellectuel, depuis ses premières réflexions en promotion de la santé jusqu'à ses travaux actuels à Montréal. Un parcours qui a notamment croisé la Charte d'Ottawa, dont elle était présente lors de l'adoption en 1986, il y a maintenant quarante ans. Ce document fondateur de la promotion de la santé, toujours d'actualité, a manifestement marqué durablement sa façon de penser l'action en santé publique.

 

La transdisciplinarité : bien plus qu'un mot à la mode

Au cœur de la conférence se trouvait la notion de transdisciplinarité, présentée non pas comme une tendance, mais comme une exigence intellectuelle et pratique. Evelyne de Leeuw la définit comme la rencontre de différentes connaissances, méthodes et cultures qui, en se confrontant, se transforment mutuellement et ouvrent de nouvelles avenues tant théoriques qu'opérationnelles.

Elle a toutefois pris soin de nuancer son propos : si la transdisciplinarité offre une valeur ajoutée indéniable, elle ne saurait remplacer la profondeur des expertises spécialisées. Une transdisciplinarité mal déployée risque au contraire de tourner en rond, faute d'ancrage disciplinaire solide. C'est précisément pour baliser ce risque qu'elle a présenté le Triple E Framework, un cadre de réflexion qu'elle a contribué à élaborer et selon lequel tout travail transdisciplinaire, en santé comme ailleurs, doit satisfaire à trois types de critères : éthiques, épistémiques et d'efficacité.

 

La Chaire Une Seule Santé Urbaine : des projets ancrés dans le réel

Installée à Montréal depuis 2023, Evelyne de Leeuw dirige la Chaire d'excellence en recherche du Canada Une Seule Santé Urbaine, dont les travaux s'inscrivent à l'interface du mouvement des Villes en santé et de l'approche Une seule santé. Avec son équipe transdisciplinaire, elle s'attache à réinventer les regards portés sur la ville et sur les réseaux qu'elle abrite.

Parmi les projets évoqués lors de la conférence, deux ont particulièrement retenu l'attention. Le premier porte sur un projet original autour d'un dépanneur de la recherche, une initiative qui illustre la volonté d'aller à la rencontre des communautés dans des espaces du quotidien. Le second, mené en partenariat avec le Vice-rectorat aux communautés, à l'international et aux Premiers Peuples de l'Université de Montréal, s'intéresse à la gestion des animaux qualifiés de nuisibles dans le quartier Parc-Extension, révélant ainsi les tensions entre vie urbaine, biodiversité et rapports de pouvoir dans l'espace public.

 

 

Des villes éponges, des villes douces, des villes vivantes

Evelyne de Leeuw a également introduit deux concepts qui invitent à repenser la ville autrement : les villes éponges et les villes douces. Ces approches s'inscrivent en réaction à une conception de la cité souvent rigide dans son cadre bâti, sa gouvernance et sa relation à la nature, alors que cette dernière est par essence plus perméable et plus résiliente. Penser la ville comme une éponge ou comme un espace doux, c'est lui reconnaître une capacité d'absorption, d'adaptation et de cohabitation avec le vivant.

C'est dans cette direction qu'elle a formulé son invitation finale : sortir d'une approche anthropocentrée pour embrasser une vision écocentrée de la ville. Une perspective qui, loin de restreindre les possibilités d'intervention, les élargit en les ancrant dans une compréhension plus juste et plus humble des interdépendances entre humains, animaux, végétaux et milieux urbains.

 

Une chercheuse qui mobilise et inspire

Par la richesse de son parcours, la rigueur de sa pensée et la générosité de son propos, Evelyne de Leeuw a offert à l'auditoire bien plus qu'une conférence : une invitation à penser autrement la recherche en santé publique, à assumer les croisements disciplinaires et à ne jamais perdre de vue la complexité du monde dans lequel nous intervenons. Une conférence qui résonnera, sans aucun doute, bien au-delà du 19 mars 2026.


La conférence est disponible en enregistrement pour les personnes qui souhaitent (re)découvrir l'ensemble des réflexions partagées par la professeure de Leeuw.

Visionner la conférence de Evelyne de Leeuw