Diplômée de la maitrise en administration des services de santé
« L’obtention de ma maîtrise en administration des services de santé a profondément enrichi ma compréhension du système de santé et influencé ma pratique professionnelle. »
Entretien avec Stéphanie Bumba
Stéphanie Bumba, diplômée de la maîtrise en administration des services de santé de l’École de santé publique de l’Université de Montréal est infirmière clinicienne, communicatrice scientifique et créatrice de la web-série Ces afroscientifiques d’hier à aujourd’hui. À travers son parcours, elle incarne un engagement fort pour l’équité, la vulgarisation scientifique et la reconnaissance du rôle des infirmières comme actrices clés de la santé publique.
Q: Votre parcours est à la croisée des soins, du leadership et de la vulgarisation scientifique. Qu’est-ce qui vous a initialement motivée à devenir infirmière clinicienne?
R : J’ai toujours été attirée par la biologie, la psychologie et les sciences de la communication tout au long de mon parcours scolaire. Ces intérêts m’ont naturellement menée vers la profession infirmière, qui me permet de conjuguer les sciences de la santé à la relation humaine.
Être infirmière clinicienne m’a offert l’occasion d’accompagner les patients à différentes étapes de leur parcours de santé, en valorisant leur vécu, leurs savoirs expérientiels et leur autonomie. À travers une approche empreinte d’empathie, de communication et de rigueur scientifique, j’ai appris à être présente autant dans des moments de croissance et d’autonomisation que dans des périodes de grande vulnérabilité. Cette alliance entre science, humanité et accompagnement demeure au cœur de ma motivation professionnelle.
Q: Vous détenez une maîtrise en administration des services de santé de l'ESPUM. En quoi cette formation influence-t-elle votre pratique professionnelle et votre vision du système de santé?
R : L’obtention de ma maîtrise en administration des services de santé a profondément enrichi ma compréhension du système de santé et influencé ma pratique professionnelle. À la suite de cette formation, j’ai notamment occupé un poste d’infirmière de liaison en santé communautaire au sein de la Croix-Rouge canadienne, division Québec, une expérience marquante qui m’a permis de mettre en application concrète les notions acquises durant mes études.
Cette formation m’a sensibilisée à des enjeux clés tels que la dotation du personnel, l’optimisation et la substitution des ressources, tout en tenant compte des réalités biopsychosociales, économiques et démographiques des populations desservies.
Mon rôle à la Croix-Rouge m’a également amenée à collaborer étroitement avec des organismes communautaires ainsi qu’avec différents services du réseau de la santé. La compréhension des lois, des mécanismes budgétaires et des enjeux organisationnels s’est révélée essentielle pour offrir des soins coordonnés, équitables et adaptés aux besoins des populations, tout en développant une vision globale et systémique du système de santé.
Q : Votre web-série Ces afroscientifiques d’hier à aujourd’hui met en lumière des figures souvent absentes des récits scientifiques. Pourquoi était-il important pour vous de créer cette série, et qu’avez-vous appris en la développant?
R: À travers les trois saisons de la web-série Ces afroscientifiques d’hier à aujourd’hui, l’objectif était de mettre en lumière les contributions de scientifiques afro-descendants, souvent absentes des ouvrages didactiques.
Si l’histoire scientifique retient des figures incontournables comme Marie Curie, Albert Einstein ou Isaac Newton, il m’apparaissait tout aussi important de rappeler les contributions de scientifiques tels que Patricia E. Bath, Charles Richard Drew ou Vivien Thomas, parmi tant d’autres.
En développant cette série, j’ai appris que l’histoire des communautés noires ne se résume pas uniquement à l’esclavage ou au colonialisme. Bien qu’il soit essentiel de reconnaître ces réalités historiques, il est tout aussi important de valoriser l’autre versant de cette histoire : celui de l’innovation, de la résilience et de l’excellence scientifique.
Ce projet m’a confirmé l’importance de la représentation et de la transmission. Offrir à la relève des modèles auxquels s’identifier permet non seulement de nourrir l’ambition et la confiance, mais aussi de rappeler que l’héritage culturel afrodescendant est une richesse qui mérite d’être reconnue et célébrée au quotidien.
Q : Votre travail se situe aujourd’hui à l’intersection des soins, de la communication scientifique et des enjeux d’équité. En quoi la santé publique vous a-t-elle donné de nouveaux leviers pour agir?
R : La santé publique m’a appris à considérer à quel point les déterminants de la santé influencent non seulement l’accessibilité et la qualité des soins, mais aussi la manière dont chaque personne vit et expérimente son parcours de soins. Elle m’a permis de comprendre que deux individus exposés à un même problème de santé peuvent vivre des réalités très différentes en fonction de leur contexte social, économique, culturel ou professionnel.
Cette formation m’a également donné des leviers concrets pour agir au-delà du cadre strictement clinique, en m’amenant à intégrer de façon plus systématique les ressources pouvant soutenir le bien-être des patients, qu’elles soient communautaires, financières, professionnelles ou sociales. Elle m’a appris à réfléchir en termes de réseaux de soutien et de continuité des soins, plutôt que d’interventions isolées.
Q : Vous êtes la première infirmière clinicienne à publier pour le Centre des sciences de Montréal. Que souhaitez-vous transmettre au grand public à travers la communication scientifique?
R : À travers la communication scientifique, je souhaite avant tout rappeler que le champ de pratique des infirmières est vaste et multidimensionnel. Bien que la profession soit souvent associée principalement aux soins directs en milieu clinique, la vulgarisation scientifique fait également partie intégrante de notre rôle, notamment en matière d’éducation et de transmission des savoirs en santé.
Travailler en étroite collaboration avec des experts en communication et en édition a été une expérience extrêmement enrichissante. Cela a favorisé la création d’un véritable pont entre l’expertise clinique infirmière et les attentes du public en matière d’information fiable.
Cette expérience m’a confirmé l’importance d’une communication claire, rigoureuse et humaine en santé. Je suis profondément reconnaissante de la confiance que m’a accordée le Centre des sciences de Montréal, ainsi que de cet apprentissage marquant, qui a renforcé mon désir de poursuivre des initiatives visant à rendre accessible les savoirs scientifiques au bénéfice de tous.
Q: Quel message aimeriez-vous adresser aux étudiantes et étudiants — ou aux jeunes diplômés — qui souhaitent faire carrière en santé et avoir un impact sur la société?
R : Faire carrière en santé est une aventure à la fois exigeante et stimulante. Les formations demandent de l’engagement, de la rigueur et de la persévérance, mais elles sont aussi très enrichissantes. Le parcours en vaut réellement la peine.
Si vous êtes animé·e par la curiosité, si vous aimez comprendre le corps humain, les déterminants de la santé, la psychologie et l’importance de la communication, les professions en santé offrent un terrain d’apprentissage et d’impact significatif. Ces dimensions sont au cœur de ma pratique professionnelle et continuent de nourrir ma motivation au quotidien.
Je dirais aussi qu’il est essentiel de cultiver la passion, l’ouverture et le désir d’apprendre des autres. Le travail en santé est fondamentalement collectif. Lorsque le chemin devient plus exigeant ou semble incertain, prenez un moment pour vous reconnecter à la raison qui vous a poussé à choisir cette voie. Vous êtes capables de réaliser tous vos rêves.
Q : Sur quoi travaillez-vous actuellement et quels sont vos projets ou ambitions pour les prochaines années?
R: Actuellement, je poursuis mes activités de vulgarisation scientifique à travers des conférences données chaque année en lien avec mon projet lancé sur YouTube. Ces interventions m’ont permis d’échanger avec des étudiantes et étudiants de différentes institutions, notamment à l’Université d’Ottawa et à l’Institut national de la recherche scientifique, ainsi que de participer à des symposiums portant sur les sciences, la santé et la recherche.
Pour les prochaines années, je souhaite continuer à développer ces initiatives, tout en élargissant leur portée. J’aspire à voyager davantage afin de participer à des tables rondes où des professionnelles et professionnels de la santé peuvent échanger sur les avancées, les défis et les réalités des systèmes de soins dans leurs pays respectifs.
Mon ambition est de contribuer à ces espaces de dialogue en apportant une perspective ancrée dans la pratique clinique, la santé publique et la communication scientifique, dans le but de favoriser le partage des savoirs.