Arthur Filleul
Doctorat en bioéthique

« J'ai découvert dans l'éthique pragmatique une invitation à mobiliser l'éthique comme un levier concret pour favoriser l'épanouissement humain. »
Arthur Filleul, doctorant en bioéthique, est récipiendaire de la bourse Robert et Étienne Rivard remise par la Fondation de l'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) dans le cadre de leur concours de bourses d'excellence à la relève scientifique.
Kinésithérapeute français de formation - équivalent québécois de la physiothérapie -, Arthur a poursuivi ses études par une maîtrise en recherche clinique et une maîtrise en éthique, tout en exerçant en tant que kinésithérapeute. Il est actuellement doctorant en bioéthique à l'ESPUM, sous la supervision d'Eric Racine et Anne Hudon.
Qu'est-ce qui t'a motivé à orienter tes recherches vers la bioéthique, et plus précisément vers l'éthique pragmatique de la santé ?
Depuis ma formation en kinésithérapie, j'ai toujours été attiré par les questions bioéthiques, même si je ne les formulais pas encore en ces termes. Par exemple, en deuxième année d'étude, j'avais réalisé un travail sur les conflits d'intérêts en kinésithérapie et j'avais découvert le travail d'Anne Hudon et Bryn Williams-Jones (et tant d'autres personnes inspirantes que je ne pourrai citer !).
À la suite de quelques années d'études et beaucoup de lectures, j'ai finalement réalisé un stage de maîtrise sous la supervision d'Anne Hudon. C'était passionnant et tellement enrichissant ! Elle m'a introduit aux travaux d'Éric Racine et de ses équipes au sein de l'Unité de recherche en éthique pragmatique de la santé de l'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM). J'ai découvert dans l'éthique pragmatique une invitation à mobiliser l'éthique comme un levier concret pour favoriser l'épanouissement humain.
En fait, j'avais le sentiment que, dans le contexte académique français, ma vision de l'éthique était perçue comme trop 'appliquée et pratique', tandis que dans le milieu clinique, on me trouvait trop 'théorique et réflexif'. L'éthique pragmatique me permet de concilier ces deux dimensions en m'engageant dans des projets concrets tout en m'appuyant sur des bases théoriques solides.
En quoi consiste ton projet de recherche ?
Mon projet de recherche doctorale se déroule au sein du laboratoire Levier à l'Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal (IRGLM). Dans les centres de réadaptation, de nombreux enjeux éthiques se posent, tels que la communication entre usagers et personnels ou le dilemme entre sécurité et autonomie des usagers. Mon projet se concentre sur des enjeux organisationnels liés à la gestion des ressources, comme la gestion des listes d'attente, l'attribution d'aides technologiques limitées ou encore la pression pour libérer des lits.
La vaste littérature et les différentes perspectives en éthique peuvent nous guider de manière diverse pour aborder ces enjeux, mais notre approche s'inscrit dans ce que l'on appelle une posture d'éthique vivante. Développée par Éric Racine et son équipe, cette posture est inspirée de la philosophie pragmatiste. Elle cherche à replacer l'éthique au cœur de la vie quotidienne, en la proposant comme un levier pour renouer le dialogue et remettre en question nos habitudes. Il s'agit donc d'une éthique participative qui part des expériences concrètes de toutes les parties prenantes (usagers, proches, professionnels, gestionnaires, etc.). Une fois ces expériences personnelles comprises et partagées, des groupes de travail collectif seront mis en place pour proposer des solutions concrètes à tester. Ainsi, à travers cette approche, les solutions ne seront pas définitives, abstraites ou unilatérales, mais des pistes permettant de réfléchir et d'agir ensemble.
Quels sont les objectifs et les retombées espérées de ta recherche ?
En tant que clinicien, je suis conscient de la manière dont les routines et les modes de fonctionnement, bien qu'imparfaits, deviennent intériorisés et considérés comme acquis. Cependant, ces pratiques peuvent parfois entrer en contradiction avec nos propres valeurs ou celles des usagers et de leurs familles. Cela peut nous placer dans des situations très inconfortables à vivre. L'éthique vivante pourrait être le levier à mobiliser pour réinterroger nos pratiques, aborder les enjeux de manière plus collective et décloisonnée, afin de réfléchir à des solutions plus acceptables et respectueuses pour tous.
Comment cette bourse t'aide-t-elle à avancer dans tes recherches et ton parcours académique ?
Cette bourse est essentielle, car elle finance à la fois la mise en œuvre du projet (matériel, outils de recherche) et son rayonnement (impression de posters, participation à des conférences). Elle permet également de me consacrer pleinement à ce projet, ce qui est une véritable source de soulagement et garantit une meilleure qualité du travail.
De plus, en tant qu'étudiant-chercheur, elle me donne l'opportunité de lever des fonds plus importants, en témoignage de la crédibilité scientifique et institutionnelle de mon projet. Ce soutien démontre également l'importance accordée à ce type d'initiative participative en éthique, grâce à un centre de recherche reconnu comme l'IRCM. Il illustre la volonté de l'IRCM d'engager des changements concrets dans les milieux de soin.
Comment vois-tu ton impact futur dans ce domaine ?
J'ai à cœur d'agir au plus possible comme une passerelle, un lien entre la pratique clinique et l'éthique universitaire, et j'espère pouvoir continuer à développer et participer à des projets dans cette direction. Pourquoi ne pas aussi permettre d'autres expérimentations de laboratoire sur l'éthique vivante en réadaptation ?
Toujours dans cette volonté de créer des ponts et d'ouvrir des discussions, j'ai à cœur de favoriser les échanges entre la France et le Québec sur les questions de bioéthique et d'éthique clinique, car la complémentarité de leurs approches et visions respectives me semble essentielle.
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De gauche à droite : M. Étienne Rivard donateur à la Fondation de l'IRCM, Arthur Filleul récipiendaire de la Bourse Robert et Étienne Rivard ainsi que son directeur de laboratoire, Dr Éric Racine, professeur à l'ESPUM et chercheur à l'unité de recherche en éthique pragmatique de la santé de l'IRCM.