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COVID-19 et la santé planétaire: crise ou opportunité? Une semaine pour la santé planétaire à l’ESPUM

Le 22 avril était déclaré le Jour de la Terre en 1970. Cinquante ans plus tard, cette journée qui reconnait l’importance de notre planète bleue pour toute forme vivante se célèbre sous un fond de COVID-19. Y a-t-il toujours de l'espace pour réfléchir et agir sur les enjeux des crises climatiques et environnementales?

La crise de la COVID-19 et ses impacts économiques renforcent les inégalités structurelles de nos économies et de nos sociétés et pourraient assourdir les citoyens et les décideurs politiques et économiques aux enjeux de l'environnement. Par contre, qui n’a pas remarqué les changements dans l’horizon presque exempt de pollution et les vues panoramiques inédites pour plusieurs. Cette crise devrait donc aussi servir d’opportunité pour repenser nos pris pour acquis, nos relations avec la terre et l’environnement dans un esprit de solidarité. Nous prenons donc cette opportunité pour lancer Une semaine pour la santé planétaire à l’ESPUM, pour susciter de la réflexion, des échanges et du partage au sein de notre communauté.

Cet espace a été créé dans le but de partager des ressources sur le sujet afin d'en apprendre un peu sur les collègues qui œuvrent dans les domaines de la santé planétaire, d’Une seule santé, et de santé environnementale, mais aussi d'inviter les membres de la communauté de l’ESPUM à participer à cette réflexion et à y contribuer, s'ils le souhaitent, en nous partageant d’autres ressources.

Nous sommes nombreux à faire de la recherche, de l’enseignement et du rayonnement dans ces domaines, et nous afficherons tout au long de la semaine des vignettes et des réflexions de quelques-un.e.s d’entre nous. Nous vous invitons aussi à explorer les programmes de formation avec option en Une seule santé, santé environnementale, santé mondiale, et les sites des centres de recherche affiliés (c.à.d. l’axe Une seule santé du monde et l’axe Environnement, milieux de vie et santé du CReSP) et des instituts tel l’Institut de l’environnement, du développement durable et de l’économie circulaire de l’UdeM ou le Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et santé publique (GREZOSP).

Événement spécial - Séminaire en webdiffusion

Pour clore cette Semaine de la santé planétaire de l'ESPUM, nous vous invitons à participer à un séminaire via zoom le jeudi le 30 avril de 15h à 16h30, avec un panel composé de Éric Pineault (UQAM), Mélanie Busby (Coalition ZÉN Québec) et Patrick Cloos (UdeM – affiliation secondaire au DMSP de l’ÉSPUM) sur le thème: COVID-19 et la santé planétaire: crise ou opportunité. Ce séminaire zoom présentera et débattra des implications pour la santé publique et pour la communauté de l'ESPUM de ces enjeux, basé sur le plaidoyer collectif, "Après la pandémie".

Afin de recevoir le lien vers la conférence, merci de nous indiquer votre participation en amont en vous inscrivant via le formulaire ci-dessous:

Cliquez ici pour vous inscrire

Pourquoi la santé planétaire en plein crise COVID-19 ?

Parmi les multiples participations médiatiques des membres de la communauté de l’ESPUM, nous en soulignons deux, celles d’Hélène Carabin (professeure titulaire et Chaire de Recherche du Canada en Épidémiologie et Une seule santé à la Faculté de médecine vétérinaire et professeure titulaire en affiliation secondaire au DMSP, responsable de l’axe Une seule santé du monde au CReSP) et de Cécile Aenishaenslin (professeure adjointe à la FMV, chercheure régulière au CReSP). Elles nous invitent à réfléchir à notre responsabilité collective à l’ère de la COVID-19, et nous rappellent comment et jusqu’à quel point le sort de l’humanité est étroitement interconnecté avec la santé animale et l’environnement – les zoonoses tel la COVID-19, causé par le virus SARS-CoV-2, en étant une preuve douloureuse.

Les membres du nouveau Réseau Une seule santé/Global One Health Network, codirigé par Hélène Carabin de l’Université de Montréal et Ron Labonté de l’Université d'Ottawa, sont présents dans ces débats qui soulignent les liens importants entre la santé humaine, animale et environnementale ainsi que les rôles centraux du « social » et du « politique » - y compris la peur et les « fausses nouvelles » :

Lire l'article : Coronavirus: Fear of of a pandemic, or a pandemic of fear?

Plusieurs de nos collègues ont cosigné une lettre ouverte au Premier ministre et plusieurs ministres soulignant l’urgence de se pencher plus étroitement sur les difficultés susceptibles d’aggraver la situation dans les communautés autochtones du pays, déjà très marginalisées. Ce cri du cœur a été largement relayé par les médias : Radio-Canada / Le Devoir / La Presse / Le Soleil

Nous voyons aussi des preuves de l’impact sur l’environnement et sur la santé publique des mesures qui ont été prises pour combattre la transmission du virus :  la pollution a nettement diminué. Mais il n’y a pas de garantie que les diminutions des polluants et des gaz à effet de serre continueront – une volonté politique et sociale est essentielle. Et la santé publique – et donc l’ESPUM – doivent être au cœur de la recherche et de l’action nécessaires.

Les projets de nos professeurs

Bouchra Nasri, professeure au Département de médecine sociale et préventive de l'ESPUM

Une partie de mes projets de recherche portent sur les impacts des événements hydro-climatiques extrêmes sur la santé publique. En collaboration avec l’observatoire québécois de l’adaptation aux changements climatiques, j’analyse actuellement une série de données liées à la santé et aux variables hydro-climatiques dans le but de connaître le niveau d’adaptation de la population à certains événements liés aux changements climatiques comme les inondations et les vagues de chaleur. Je m’intéresse aussi à l’effet de la pollution sur la santé des populations et plus particulièrement à l’exposition prolongée aux particules fines et son lien avec le taux de mortalité pour certaines maladies comme le SARS CoV-2.


Audrey Smargiassi du Département de santé environnementale et santé au travail de l’ESPUM et ses collaborateurs de la Faculté des arts et des science Patrick Hayes, James Stephen King et François Cavayas viennent d’obtenir un contrat de plus de 3.5M$ du Ministère de l’environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Avec ce projet d’une durée de 5 ans, les chercheurs étudieront les impacts des changements climatiques sur la direction des vents, les niveaux de polluants de l’air et leurs impacts sur la santé de la population.

L’épidémie à COVID-19 : révélatrice de l’organisation des sociétés humaines et de leurs liens avec la planète

Quelques réflexions par Patrick Cloos

La pandémie de COVID-19, qui touche à peu près tous les pays et toutes les sociétés du monde, de façon inégale il est vrai, est à l’origine de ce que l’on peut qualifier sans trop de doute de crise globale - politique, sanitaire, sociale, économique et humanitaire. L’intervention de Médecins Sans Frontières au Canada dans ce contexte, une première, en dit long sur la situation présente. 

Pour certains, cette pandémie, qui était annoncée, est surtout le reflet d’une crise écologique. Pandémie de COVID-19 et crise écologique (climatique et plus largement environnementale) sont avant tout révélatrices de la situation des sociétés humaines, des rapports entre elles et entre les acteurs qui la composent, et des liens qu’elles entretiennent avec le monde animal et végétal. En ce Jour de la Terre, l’objectif du petit texte qui suit est d’identifier quelques enjeux qui se dégagent de la pandémie de COVID-19 (autres qu’épidémiologique, immunologiques et thérapeutiques) et de tenter d’y réfléchir en termes de liens avec l’urgence climatique et plus largement la dégradation environnementale. 

Vulnérabilités, discriminations et inégalités sociales

Beaucoup des pays parmi les plus riches de la planète ont été et sont encore complètement déstabilisés par un organisme minuscule, alors que ces mêmes pays dépensent annuellement des milliards de dollars pour des équipements militaires, qui participent grandement à la dégradation environnementale et plus largement à la destruction de la planète. 

D’autre part, la vulnérabilité des individus et des groupes est notamment fonction de leur position sociale, de la probabilité d’être (plus) exposés, des conditions de travail, de la qualité/salubrité du logement, mais aussi de la probabilité de souffrir d’une maladie chronique, un ensemble de circonstances médico-sociales qui peuvent mettre les gens à risque d’être infectés et de mourir. Un parallèle peut être dressé ici avec les événements climatiques extrêmes auxquels certains sont plus vulnérables. 

La vulnérabilité des aînés en contexte de réchauffement climatique (vague de chaleur, par exemple) ou d’épidémie de COVID-19 a sans doute été amplifiée par les conditions lamentables dans lesquelles beaucoup vivent dans les institutions comme les CHSLD au Québec. Cette situation ne date pas d’aujourd’hui mais a été aggravée par la pandémie. 

Cela nous renvoie à la manière dont les sociétés, dont le Québec, (mal)traitent les (très) vieux. Alors, comment peut-on penser réfléchir à notre lien à la Nature si les rapports interhumains et intergénérationnels sont si pauvres et si fragiles? 

La vulnérabilité d’autres comme les migrants et les réfugiés s’est encore aggravée en contexte de pandémie. Fermeture des frontières, discrimination et exclusion, situation inhumaine dans ce que l’on qualifie de camps, toutes des situations qui expriment encore un peu plus que tout le monde n’a pas le même statut. 

La santé publique

Beaucoup de sociétés riches, comme le Canada, sont organisées autour du paradigme biomédical, et participent moins d’une vision sociale, préventive, de protection et de promotion de la santé. Comme d’autres champ de pratiques, la santé publique est sous-financée et l’orientation curative est privilégiée. La ministre fédérale canadienne de la santé, Patty Hajdu, a récemment déclaré que « les gouvernements fédéraux, pendant des décennies, ont sous-financé des choses comme la préparation aux urgences de santé publique ». (Le Devoir, 4 avril). En France, JF Guégan a déclaré dans Le Monde «Comme beaucoup de mes collègues, j’ai été très surpris de l’état d’impréparation de la France à l’épidémie de COVID-19. Les expériences passées avaient pourtant mis en évidence la nécessité d’anticiper et de préparer l’arrivée de pandémies.» 

Les réflexions, discussions et recherches sur les conséquences du changement climatique sur les sociétés et la santé des populations et sur la nécessité de devoir atténuer le réchauffement planétaire est à l’ordre du jour dans le domaine de la santé publique et des stratégies d’action sont proposées. Mais sans doute trop peu écoutées et mise en oeuvre par le monde politique. La COVID-19 n’est pourtant pas la première pandémie, et ce risque avait pourtant été annoncé. 

La logique de marché et l’enrichissement

Beaucoup de sociétés sont organisées et structurées autour de l’affairisme, des logiques de marchés et de compétition (tant dans le privé que dans le public, depuis quelques décennies), et l’exploitation des ressources (humaines et naturelles). Plusieurs histoires récentes montrent que ces logiques se retournent contre les sociétés : dans le contexte de la pandémie de COVID-19, par exemple, la difficulté des États américains à acheter des respirateurs, ou encore des masques vendus par la Chine et achetés initialement par la France et le Canada, détournés vers le plus offrant dans ce cas les États-Unis (Radio-Canada, 2 avril 2020). L’exploitation pétrolière et minière continuent et sont peu régies par des Lois sur la protection de l’environnement et des populations notamment autochtones. 

Les liens avec l’environnement et la Nature

La construction des villes date de milliers d’années et avec elles l’émergence des maladies infectieuses. L’urbanisation (et inégalités sociales) créent des possibilités de transmission d’agents infectieux ; l’agriculture (périurbaine, élevages d’animaux domestiques), la déforestation (suppression des barrières humains-nature), l’exploitation du monde animal sauvage (source possible d’agents infectieux) créent des possibilités d’éclosion et de transmission d’agents infectieux du monde animal (sauvage et domestique) aux humains. 

La révolution agricole, engagée il y a des milliers d’années, a créé des conditions de proximité des humains avec les animaux et les sols («Les bactéries responsables du tétanos, de la tuberculose ou de la lèpre sont originaires du sol», lire JF Guéran). Le changement climatique viendrait-il modifier les épidémies? Selon JF Guéran il n’y a pas de lien établi entre épidémie de maladies infectieuses et le CC, mais le CC viendrait sans doute exacerber les situations vécues (VIH/sida, maladie d’Ébola, SARS). Le manque d’autonomie et le risque de pénurie alimentaire au QC dans un contexte de pandémie souligne la nécessité de développer une agriculture de proximité qui aurait un effet bénéfique en diminuant les transports et la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effets de serre (GES) (Jean-Martin Fortier, maraîcher, La Presse). 

La globalisation et les transports

L’intensification des transports (voiture, avions) et conséquemment les émissions des GES et de leurs effets néfastes sur les environnements naturels et la biodiversité. On a pu voir que la transmission du SARS-COV-2 à travers le monde s’est faite rapidement, en quelques semaines, d’un coin à l’autre de la planète. L’interconnexion et l’interdépendance des sociétés humaines n’est plus à démontrer mais elle s’intensifie probablement. Sans pour cela se couper des autres sociétés, l’autonomie et la production locale devraient sans doute reprendre ses droits. 

Le monde politique, la société civile : entre solidarité et rivalité

  • La responsabilité des politiques et leur demande de responsabilité partagée (le sujet néolibéral), alors que ce sont les États et leurs représentants qui auraient dû être mieux préparés à la pandémie;
  • Certains hommes politiques font tourner la pandémie en véritable cauchemar dans la mesure où ils entretiennent les conflits, l’individualisme et la zizanie. Certains (comme Trump et Bolsonaro pour ne pas les nommer) font preuve d’un manque de leadership déconcertant. On est en droit de se demander si ces hommes politiques ne cherchent pas simplement le chaos? Ils n’assurent pas plus de leadership dans le domaine du changement climatique. Cela étant dit beaucoup d’autres politiciens manquent également de leadership : les explorations de forage ne reprennent-elles pas dans l’Est du Canada? Sans parler des projets de pipeline. L’économie et le marché priment : mais comment les tenants d’une transformation politique, sociale et écologique peuvent-ils se faire entendre dans un tel contexte?
  • En ces temps de confinement, on remarque des élans de solidarité dans les sociétés. Mais, aussi une tendance de plus en plus forte vers l’unilatéralisme et la systématisation des rapports de force et des rivalités entre pays: fin des subventions des USA de l’OMS. Difficulté d’une action collective sur les grands enjeux de l’humanité. (JY Le Drian, Le Monde). 

La transversalité et l’intégration

La pertinence de l’inter- ou transdisciplinarité et l’intégration des regards, des savoirs et des pratiques pour comprendre et agir (ou ne pas agir) sur les phénomènes est plus que jamais pertinente. Les sociétés fonctionnent encore en vase clos et sont exclusives. Le regard et l’action sont souvent fragmentés. Il faut sans doute, patiemment, recoller les morceaux de ce qui a été séparé et promouvoir l’intégration. Dans quelle mesure la science a-t-elle contribué à ce découpage de la réalité? 

Ressources: santé planétaire, changements climatique et santé et comment s’orienter en politique

Vous trouverez ci-dessous une sélection de bonnes ressources disponibles pour les chercheurs et les professionnels de santé publique. Bonne lecture!

Les Commissions Lancet

Les Commissions Lancet sont d'excellentes ressources dont plusieurs touchent ces enjeux; en voici quelques unes:

Rockefeller-Lancet Commission on Planetary Health  (2015)

The Lancet Commission on pollution and health (2017)

Lancet Commission sur la  pollution de la rivière Thames (publiée en 1886!)

The Lancet 2019 Countdown on Health and Climate Change (English) / (French)

Et la nouvelle Lancet One Health Commission dont Hélène Carabin est membre.

Les Revues scientifiques

Les organismes professionnels et scientifiques

..tels la Coalition canadienne pour la recherche en santé mondiale et son excellent groupe de travail sur les impacts sanitaire des changements climatiques.

La multi- et transdisciplinarité

Cette semaine, nous vous invitons aussi à lire en dehors des « murs » - même demi-perméables – de la santé, et d’explorer les œuvres des sciences humaines et des sciences sociales, des sciences de la terre, et des beaux arts. Un livre qui a beaucoup influencée Christina Zarowsky est « Où atterrir ? Comment s’orienter en politique » de Bruno Latour.